jeudi 14 septembre 2006

La scène se déroule jeudi, quelques minutes avant 18 heures.

J’entre dans le Gibert-Jeune du boulevard St-Denis et me dis qu’en cette période de rentrée des classes il y a bien trop de monde à mon goût. Surtout que je ne suis pas venu pour un ouvrage particulier ni même une autre raison que celle d’y flâner un peu dans le faible espoir d’en ressortir avec un nouveau livre dont la lecture ne se ferait pas avant quelques semaines de toutes façons vu la taille de la pile de livres à lire sur mes étagères.

La scène se précise quand, devant la section anglophone et minuscule de la librairie, je ne peux accéder tout de suite à la lettre H, car une personne consulte les ouvrages dont les auteurs ont un nom débutant par G. Elle tient déjà Le Portrait de Dorian Gray (ou plutôt The Portrait of Dorian Gray) dans sa main (a-t-elle remonté toutes les lettres depuis W ? Voire même Z ?) et visiblement ça ne lui suffit pas. Elle a les cheveux longs, noirs et raides et n’est pas déplaisante avec son bon mètre soixante-quinze, sa jupe rose et son haut noir (à moins que ce ne soit le contraire), le nez un petit peu long toutefois, mais rien de bien grave.
Elle me rappelle vaguement cette Juanita que j’avais brièvement rencontrée il y a un peu plus d’un an, elle-même me rappelant vaguement une ex. Il faut par contre avoir une sacrée imagination pour voir un quelconque rapport entre la présente personne et ladite ex, à part peut-être au niveau de la chevelure.
Le fait est qu’en se relevant et en me laissant enfin accéder à la section convoitée, elle me regarde droit dans les yeux et me fait un très beau sourire assez charmeur et rare de la part d’une inconnue à Paris. Elle part ensuite, me semble-t-il, vers une des caisses qui a été provisoirement installée au premier étage. Ne trouvant pas mon bonheur, je me dirige alors vers la section de littérature française en jetant un dernier coup d’œil dans sa direction et en me disant qu’elle était pas si mal quand même, et en me sentant aussi légèrement troublé par son regard (ce qui est troublant c’est qu’elle n’est pas le genre de fille dont le regard me trouble habituellement).
La section littérature française ne me motivant pas tant que ça aujourd’hui et malgré cette période de rentrée littéraire, je décide donc de quitter le magasin.
En me dirigeant vers l’escalier, voila que je la recroise –à son tour d’aller dans la section littérature française- et son regard continue à me troubler en me dévisageant encore plus que la première fois.

Je sors dans la rue, me dirige vers le boulevard de Sébastopol avec le souhait de me diriger vers la Seine, mais les nuages montant et mon envie d’y aller finalement pas bien grande me font rebrousser chemin. Et quelques mètres plus loin, la voilà à peine sortie du magasin elle aussi, et nous croisant du regard de nouveau.
Une impression me saisit, il me semble qu’elle n’a pas d’achat en main. Et si en fait elle avait tout laissé tomber pour me suivre ? Et si je rebroussais de nouveau chemin pour la recroiser et cette fois-ci entrer en contact, communiquer et que sais-je d’autre ?

Finalement non. Il ne faut pas forcer le destin dans ces cas.
Après tout ce n’est pas chose rare de recroiser des gens plusieurs fois dans ce quartier, nous verrons donc ce qu’il en adviendra.

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